Tuonen Piika

L’étrange créature se pencha sur le jeune garçon norne terrorisé qu’elle venait de tirer de la crevasse dans laquelle il était tombé et resté piégé. Elle l’examina avec un regard où se mêlaient la compassion, la tendresse et la nostalgie. « Tu n’as rien à craindre de moi, petit bout d’homme. Mon corps est peut-être mort, mais je ne suis pas encore prête à partir vers les Terres du Sommeil et de l’Au-delà. C’est le devoir des morts de veiller sur les vivants. Tu dois vivre. Je te ramènerai auprès des tiens. »

La Protectrice des Vivants

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Illustration par Wen Yu Li

La femme non-morte connue sous le nom de Tuonen Piika est l’un des lieutenants de Hringham et cela à présent des siècles qu’elle a rejoint son armée. Elle est de ses officiers les plus loyaux et parfois Hringham l’envoie dans des missions en solo (généralement quand le Roi de la Non-Vie souhaite s’informer de ce qu’il se passe dans le monde).

Ses origines sont floues mais elle est apparemment volontairement devenue une mort-vivante, il y a environ un millénaire de ça, en se soumettant à un rituel shamanique, afin de protéger une tribu d’indigènes vivant au nord, sur l’île de Belgenmir, près de la Muraille des Glaces Éternelles. Son rôle était de repousser les monstres et les bêtes sauvages, allant parfois jusqu’à les combattre en plein milieu d’une tempête de neige si nécessaire, et les membres de la tribu lui laissaient des cadeaux, comme des défenses de mammouth sculptées, des amulettes de bois ou des fourrures, en échange de sa protection. Le temps passant, la femme non-morte a poursuivi sa mission, continuant à protéger les différentes générations de la tribu. Elle acquit le titre de Tuonen Piika, ce qui signifie dans un ancien dialecte « la servante de la Mort ». Des décennies plus tard, son nom de naissance fut oublié de tous et elle devint simplement « Tuonen ».

Un jour, la tribu fut frappée par une tragédie sous la forme d’une énorme avalanche qui se produisit pendant la nuit. La tribu fut complètement ensevelie et pas un seul habitant ne survécut. Tuonen Piika se retrouva alors complètement seule, sans personne à protéger. Elle les pleura amèrement pendant des semaines, puis erra, hagarde, pendant des années à travers la désolation glacée du Haufmann. Mais elle finit un jour par apprendre l’existence de Hringham l’Immortel. Elle atteignit le Château de Minuit et parvint à rencontrer le Roi de la Non-Vie. Celui-ci était désireux d’entendre son histoire. Impressionné par son dévouement et sa détermination à protéger des humains pendant plusieurs siècles, Hringham lui proposa de rejoindre son armée en tant qu’officier de haut rang. Ayant perdu sa mission et sa raison d’être, Tuonen accepta et devint l’un de ses lieutenants.

(suite…)

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Mazatl

Celui Qui Est Revenu De l’Obscurité

Illustration © showmeyourmoves

Dans les tréfonds de la jungle d’Itzi, les différentes tribus racontent des rumeurs à propos d’un guerrier solitaire qui erre comme une âme en peine. Certains disent qu’il a commis un crime terrible et qu’il été maudit par le soleil à être plongé dans la nuit éternelle en guise de châtiment. D’autres affirment qu’il est mort et qu’il a offert ses yeux aux dieux de l’Abîme afin de pouvoir retraverser le voile de l’Au-delà dans l’autre sens et de se venger de ceux qui lui ont fait du tort. Les versions de l’histoire changent sans cesse, mais elles concordent sur un point : l’étrange guerrier est aveugle mais pourtant il se bat comme un dieu vengeur.

Mazatl, l’homme au cœur de ces rumeurs, est bel et bien un guerrier qui a perdu l’usage de ses yeux. Mais il n’a pas commis de crime monstrueux et il est bel et bien vivant. Il n’a pas non-plus contemplé des ses propres yeux les dieux de l’Abîme comme certains le racontent. La vraie histoire est bien différente. Mazatl fut jadis un fier combattant tribal qui appartenait à la tribu de Mixcoatl. Il était encore jeune quand il fut choisi pour rejoindre les guerriers sacrés, protecteurs de la tribu, mais il était déjà fort et possédait un style de combat impressionnant avec une lourde hache en pierre dans chaque main.

La tragédie survint quand la tribu de Mixcoatl fut soudainement attaquée par des ennemis : les guerriers fanatiques venus de la ville-tribu d’Itzpacihuatl. Les assaillants fondirent sur Mazatl et les autres guerriers sacrés pendant qu’ils effectuaient leurs rondes autour du village, les prenant par surprise. Le combat fut inégal et les guerriers de Mixcoatl furent rapidement neutralisés et fait prisonniers. S’ensuivit alors des scènes d’horreur pendant que les guerriers d’Itzpacihuatl déferlèrent sur le village natal de Mazatl, tuant les vieillards et les nouveaux-nés avant de ligoter le reste des habitants pour les ramener jusqu’à leur territoire. Là, les hommes et les femmes de Mixcoatl furent amenés à un temple dédié aux dieux de l’Abîme. Un à un, ils furent mutilés, saignés et jetés vivants dans un puits profond en guise d’offrandes aux divinités maléfiques. Pas un seul prisonnier ne fut épargné. Les guerriers et les prêtres fanatiques de la tribu d’Izpacihuatl avaient sacrifié un village entier pour apaiser les dieux de l’Abîme… (suite…)

Eunice Jones

Le Sang de la Sorcière

Illustration © Elena « Hellstern »

« Tu es un sorcier et tu n’as pas le moindre scrupule à utiliser tes pouvoirs à des desseins néfastes et égoïstes. Mais le pire, c’est que tu n’as jamais réalisé le poids du péché que tu portes. Tu n’as jamais rien fait pour te repentir. C’est impardonnable… »

Eunice Jones est un cas particulier comme bien d’autres parmi les agents de l’Inquisition. La jeune femme fut objet de controverses pour les autorités ecclésiastiques dès que l’Église découvrit son existence en raison de la nature de ses pouvoirs.

Alors qu’elle n’était qu’un bébé, Eunice fut abandonnée sur les marches d’un monastère. Personne ne savait qui étaient ses parents mais l’abbé qui la découvrit soupçonnait qu’elle était née d’une union adultère et que sa mère avait sûrement caché sa grossesse avant d’enfanter et de l’abandonner pour éviter tout déshonneur. Eunice fut alors confiée à un orphelinat religieux où elle devait vivre jusqu’à ce qu’elle soit adoptée ou qu’elle atteigne l’âge adulte. Mais son destin prit un tour inattendu quand l’enfant manifesta des pouvoir surnaturels : elle pouvait par exemple faire crépiter l’air ou faire apparaître des étincelles d’électricité. Il n’en fallut pas plus pour que son cas soit rapporté à l’inquisition et que des agents viennent la chercher le jour même.

Les lourdes portes de l’Inquisition se refermèrent derrière la jeune fille alors âgée de cinq ans. Elle ne reverrait plus le monde extérieur avant d’achever sa formation. C’est donc sous la tutelle d’anciens inquisiteurs que commença sa nouvelle vie et elle était dorénavant destinée à devenir une inquisitrice au service du treizième cardinal et de l’Église d’Abel. Cependant, la nature de ses pouvoirs inquiétèrent rapidement ses instructeurs : ces derniers évoluaient sans aucun effort, sans aucune dévotion religieuse. D’ordinaire (si un tel terme est approprié pour parler des agents de l’Inquisition) les futurs inquisiteurs doivent s’entraîner durement avec une dévotion religieuse qui évolue parfois en fanatisme. Par exemple, les apprentis qui possèdent des pouvoirs magiques doivent faire des études mystiques et religieuses assidues pour mieux maîtriser et développer leurs pouvoirs. Quand ils lancent des sorts destinés à contrecarrer les forces des ténèbres, ils doivent incanter en récitant des prières. Quant à ceux qui apprennent le maniement des armes et le contrôle du Ki, ils passent par un entraînement rigoureux qui demande beaucoup de discipline et de dévotion. Les longues séances d’entraînement peuvent être considérées comme une offrande au Très-Haut pour devenir en échange un inquisiteur accompli, un glaive pour protéger l’humanité contre les forces obscures. En revanche, Eunice n’avait besoin ni d’entraînement ni de piété pour utiliser ses pouvoirs qui se manifestaient par un simple effort de volonté. Sans dévotion, sans prière et sans que les instructeurs ne puissent les contrôler ou les brider. (suite…)

Chald Lundbergh

Le Limier de l’Inquisition

Illustration © Elena « Hellstern »

« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, vous êtes en état d’arrestation. »

Si les inquisiteurs sont tous des combattants surentraînés et hautement qualifiés pour accomplir leurs missions, Chald Lundbergh, lui, est tout simplement irremplaçable aux yeux de l’Inquisition.

Chald est un Haut Inquisiteur qui approche la quarantaine et qui a déjà plus de vingt ans de service derrière lui. Toutefois, contrairement aux autres Hauts Inquisiteurs, il ne possède aucun pouvoir surnaturel hormis une maîtrise du Ki qui n’a toutefois rien d’extraordinaire comparée aux capacité de ses pairs. Qu’est-ce qui justifie donc son rang ? La réponse est simple : Chald est le meilleur détective de toute l’Église et probablement l’un des trois meilleurs de tout Gaïa. Cet homme n’a pas son pareil pour mener une enquête ; aucun détail, aucun indice ne lui échappe et il semble posséder un instinct quasi-surnaturel qui le mène toujours dans la bonne direction. Aussi incroyable de cela puisse paraître, Chald a déjà battu à plate couture d’autres enquêteurs de l’Église qui étaient pourtant doués de pouvoirs surnaturels pour faciliter leurs enquêtes. On raconte dans les couloirs de l’Inquisition qu’un simple petit tas de cendres froides lui suffit pour retrouver un coupable, et ceux qui ont déjà travaillé avec lui jurent que cette exagération n’est pas loin de la réalité. (suite…)

Inquisiteur générique

Le Bras Armé de la Foi

Les redoutables inquisiteurs sont les soldats de l’Église chargés de traquer les sorciers et les démons, ainsi que de protéger l’humanité des forces occultes. Ces individus ont une réputation sinistre et n’hésitent pas à recourir à des méthodes extrêmes pour remplir leur mission, dussé des innocents en souffrir, pour éradiquer les hérétiques.

Un inquisiteur peut travailler en solo, accompagné de soldats ecclésiastiques ou bien faire partie d’une équipe d’inquisiteurs (parfois sous le commandement d’un Haut Inquisiteur).

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Njoki de la Montagne

La Fille-Lune

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© Geneva B (GDBee)

Le jour de sa naissance, les chèvres et les ruminants du village s’étaient mis à bêler sans raison. Puis vint le moment où sa mère la mit au monde. Ses parents, simple éleveurs d’une tribu des savanes du Kashmir, et la sage-femme furent saisis d’étonnement. L’enfant avait des cheveux tout blancs. Et ses yeux n’avaient pas la même couleur. Perplexes, ils se mirent à bavarder entre eux à haute voix pour essayer de trouver une explication. Mais même après des heures de discussion, ils devaient bien admettre qu’ils n’étaient pas plus avancés. L’aspect particulier de leur enfant était-il signe de bonne fortune ? Ou était-ce un mauvais présage ?

Les parents se tournèrent donc vers l’ancien du village. Celui qui détenait cette sagesse que seuls ceux qui ont vécu quatre-vingt dix étés possèdent. Le vieil homme, d’habitude guère bavard, baissa son regard sur le nouveau-né, puis secoua la tête lentement en marmonnant tout bas : « Quelle tristesse de devoir vivre… pauvre enfant… Les bébés comme elle meurent avant de naître. Elle n’a pas de chance… les esprits sont bien cruels… devoir vivre… pauvre enfant… » Ce furent les seuls mots que le vieillard prononça. Il retourna ensuite se murer dans le silence. Quelques heures plus tard, il mourut de vieillesse.
Les parents devaient bien l’admettre : ils n’étaient pas plus avancés.
Aussi ils décidèrent de faire comme si de rien n’était. Ils l’appelèrent Njoki et ils l’élevèrent normalement, c’est à dire sans lui donner d’attention particulière ; après tout, ils avaient déjà d’autres enfants à s’occuper. Et les années passèrent…

Au fur et à mesure que Njoki grandissait, il était de plus en plus évident qu’elle était « bizarre » : elle était souvent effrayée la nuit, elle disait parfois voir des choses invisibles, elle avait cette drôle de manie de décorer sa capuche avec une paire de cornes, et des petits événements étranges se produisaient de temps en temps autour d’elle. Mais rien de tout ça n’inquiétait vraiment les villageois : ils étaient d’accord pour dire qu’elle était bizarre, donc quoi de plus normal pour eux qu’elle fasse des choses bizarres ? C’eut été beaucoup plus inquiétant pour la tribu si Njoki se mettait du jour au lendemain à se comporter normalement ! En raison de la couleur de ses cheveux et du fait qu’elle semblait inexplicablement perturbée quand il faisait nuit, ils la surnommèrent la Fille-Lune. Parfois quelqu’un l’interpellait avec ce surnom pour lui demander son avis sur des sujets banals : on considérait au village que l’opinion d’une personne étrange (pour ne pas dire démente) était une forme de sagesse qui n’avait pas beaucoup moins de valeur celle des anciens et des caciques.

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Claudas Caelio

Le Veilleur

http://thedarkestseason.deviantart.com/art/The-Mage-342098211

© Neil Nelson (thedarkestseason)

Fils aîné d’un érudit ilmorien, Claudas Caelio aurait pu suivre les traces de son père, à savoir se consacrer à une carrière universitaire scientifique. Mais il n’en fut rien. Au lieu de ça, Claudas est devenu un occultiste qui vit en marge de la société et qui s’intéresse à tout ce qui touche au paranormal.

Quand il avait onze ans, son père, qui souhaitait développer la curiosité et l’esprit scientifique de son enfant, l’emmena avec lui en voyage dans une expédition scientifique au Kashmir. À cette époque, Claudas admirait son père plus que quiconque et il était naturellement ravi de faire partie de l’aventure. Un jour, pendant que son père vaquait à ses recherches, l’enfant se promena dans les environs et découvrit les restes d’un très vieux sanctuaire abandonné. Il passa alors toute l’après-midi à jouer au milieu des vieilles ruines. Ce n’est qu’au soir que son père, inquiet de ne pas le voir revenir, se mit à le chercher partout. Il revint finalement au camp, bredouille, et demanda l’aide de ses collègues ainsi que des autochtones. Des battues furent organisées pour retrouver l’enfant disparu. Mais les recherches furent également vaines… Les jours passèrent et les chances de retrouver le jeune Claudas devinrent de plus en plus minces… Une semaine entière s’écoula et ce fut finalement un éleveur local qui guidait son troupeau à proximité des ruines qui retrouva le jeune garçon inconscient. Il était affaibli, blessé, déshydraté et en état de choc, mais surtout bel et bien vivant. Il avait selon toute apparence été attaqué par un animal sauvage au vu des traces de griffures qu’il portait, et il s’était probablement perdu en fuyant. Il aurait ensuite erré pendant plusieurs jours en essayant de trouver le chemin du retour.

Ce que tout le monde ignorait, c’est que les ruines avaient jadis été bâties sur un endroit où un passage vers la Veille s’ouvre à certaines occasions. C’est donc ainsi que Claudas a disparu en réalité : piégé dans un reflet surnaturel de la savane, peuplé d’esprits prédateurs. Il a dû survivre dans ce milieu hostile pendant une semaine entière jusqu’à ce qu’il parvienne à revenir dans le monde physique. Il n’a jamais raconté à personne ce qu’il s’est passé, mais quoi qu’il ait pu vivre pendant ces quelques jours, cela l’a changé à tout jamais. Il sait à présent qu’il existe bien des mystères qui échappent à la science. À partir de ce jour, son regard peut discerner des choses surnaturelles que les gens normaux n’arrivent pas à voir.

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